Samedi 7 novembre 2009
Malmenant, giflant, fouettant, frappant, ses mains s’agrippent tordent, plient, cassent, malmènent. Ses hurlements déchaînés ont la force des coups qui s’abattent sans relâche, grondements rageurs, souffles furieux.

Il est partout à la fois sans jamais se montrer nulle part et si l’on sait sa présence c’est par ce vacarme épouvantable répandu alentour, ou encore par ce spectre de poussière déboulant comme une cavalerie paradant dans un galop fulgurant.

Chaque assaut semble engendrer et nourrir la puissance du suivant. Aucun ne meurt mais héroïque et conquérant s’intègre à l'escouade assoiffée d’une haine ravageuse et vengeresse.


Après ce combat d’une nuit qui ajoute son insondable  noirceur au tableau dantesque enfin sa force faiblit. Osant de loqueteuses provocations, s’essayant à d’ultimes époumonements qui restent plainte étranglée, amorçant des uppercuts qui n’atteignent aucun cible, titubant d’épuisement l ‘échine rompue au ras du sol, il quitte l‘arène.

Chétifs fanaux, les lueurs de l’aube naissante s’éparpillent comme autant d’yeux aux paupières mi closes qui hésitent à s’ouvrir d’avantage, refusant la brutale confrontation avec ce qu n’est plus que cauchemar tandis que la nuit s’en est allée emportant dans son macabre suaire le monstre repu.

De sa gargantuesque ripaille gisent les maigres  reliefs: fractures, déchirures, fêlures, coupures, cassures, autant de blessures dévastant jusqu’à l’âme qui bouleversée par autant de désolation se répand en un  calamiteux sanglot car comment donner plus quand il ne reste plus rien.



Février 2009, une tempête de plus...



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Lundi 2 novembre 2009
...ou comment le réchauffement climatique fait le bonheur des uns et le malheur des autres.

Jeudi soir « Envoyé Spécial » nous offrait dans ses "Carnets de Voyages" deux versions diamétralement opposées des retombées d’un certain  tourisme.

Au Groenland d’abord où des croisières au pays des icebergs ravissaient des touristes sans doute lassés des destinations trop ensoleillées et tout le monde sur ce bateau, jusqu’au cuisinier qui allait recueillir de petits fragments de glace pour les ajouter à son cocktail maison, était convaincu qu’en participant à ce type de croisière c’était aller à l’encontre de toutes les mesures prônées pour cesser d’aggraver les catastrophes écologiques, mais le spectacle paradisiaque des montagnes de glace miroitant sous le soleil de minuit  vaut à lui tout seul de succomber au 8ème péché capital.
A terre, les Inuits avaient troqué leur igloo, soumis au sort d’une glace à la vanille dégoulinant sur une plage de la Côte d’Azur au mois d‘août, contre des chalets scandinaves  assez proches des baraques de chantiers si ce n’est leurs couleurs éclatantes. Ici et là, des boutiques de souvenirs pour rapporter, aux exclus restés sous des paysages urbains, des peluches de phoques fabriquées au Danemark et un pseudo artisanat depuis longtemps fabriqué à la chaîne loin d’ici.
A la caisse de l’une de ces boutiques une jeune femme Inuit ravie de profiter des bienfaits du réchauffement climatique: d’abord elle souffre moins du froid, lapalissade, et surtout  les touristes abondent 12 mois sur 12 car la fonte de la banquise permet maintenant des croisières en toutes saisons, en prime les supermarchés locaux disposent désormais des mêmes produits de consommation courante que le continent puisque les voies navigables sont praticables tout au long de l’année. Le bonheur quoi!
 

A des milliers de kilomètres de là, escale en Mongolie Intérieure pays des chèvres fournisseuses de cashmere. Un industriel français a trouvé là son eldorado lui permettant d’approvisionner ses boutiques avec des pulls de luxe qu’il fait fabriquer ici à moindre coût. La demande allant croissant il faut élever de plus en plus de chèvres qui ont fini par dévorer les herbages racines comprises et désormais elles survivent alimentées avec des granulés comme nos troupeaux de vaches bien français.
Dommage collatéral: le désert s’étend et c’est à cela que la Chine doit des tempêtes de sable de plus en plus fréquentes et dévastatrices. Dans une famille d’éleveurs on peut vivre bien grâce à ce filon, mais cet élevage intensif produit aussi son lot de chômeurs. Ainsi , une jeune fille qui n’a plus l’occasion désormais de mener son troupeau au pâturage s’est reconvertie dans le tourisme : yourtes en béton pour gogos en quête d’authentique, bière locale absorbée jusqu’à plus soif, le tout servi en costume folklorique peut être fabriqué à la chaîne dans une usine de Shangaï?
Interview de la jeune fille mongole reconvertie: « je ne suis  plus heureuse! avant quand je m’occupais de mes chèvres j’étais libre maintenant je dois tout le temps m’occuper de ces touristes ». Elle, elle en  sa dose du réchauffement climatique, de l’Européen qui est venu saboter  sa vie bien tranquille sous sa vraie yourte en vrai feutre(la même que celle de mes voisins! qui vivent l ’écologie comme un sacerdoce et ont la panoplie complète avec en prime accouchement à l’ancienne, mais enfin c’est leur truc et ils respirent le bonheur, alors...).

Après ces deux portraits vous vous poserez éventuellement les mêmes questions que moi dont:
Comment peut on laisser à ce point se dégrader un environnement quand on sait très bien quelle est  la cause?

Si pour arrêter la désertification de la Mongolie avec ses conséquences en boule de neige il suffit d’interdire la fabrication du pull en cashmere alors  l’industriel se reconvertit dans les pulls en laine polaire et basta.
Et puis pour nos amis Inuits si on sait noir sur blanc que la banquise fond à cause de l’explosion du tourisme de masse alors on dit stop! et puis on remplit les charters pour d’autres destinations.

Trop simples? Oui, je finis par croire que les solutions aux catastrophes  écologiques  sont beaucoup plus simples qu’il n’y parait mais à une seule condition: vouloir vraiment désigner les vrais coupables.

Encore un exemple?
Hier dans "Capital" : on coupe des chênes centenaires dans la forêt française puis on les envoie en Chine, là bas les arbres sont protégés depuis plus de dix ans, où ils seront transformés en parquet afin de profiter du faible coût de la main d’oeuvre. Tiens! on croyait que la principale source de pollution était le transport? Pourtant çà en fait des kilomètres pour au final décorer son salon en parquet chêne massif teinté ébène.

Faut -il le préciser ? Je développe une très grave allergie au vert depuis quelques mois
                                     tout du moins quand il se décline dans une nuance qui fait plutôt tache sur la palette

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Jeudi 29 octobre 2009
Vous reprendrez bien une petite tranche de Classique? surtout si celle ci s’assaisonne à la sauce d’aujourd’hui. Je  remercie celui qui ce matin avait affiché ce poème parmi les titres de  « l’actualité » littéraire et j’encourage tout le monde à se replonger dans les autres titres des Châtiments, recueil de poèmes satiriques, fallait-il le souligner?
pour y voir avec une certaine amertume les vérités  de cet adage: « L’Histoire est un éternel recommencement »...


Victor HUGO (1802-1885), Les Châtiments  I, 10, Chanson

Courtisans ! attablés dans la splendide orgie,
La bouche par le rire et la soif élargie,
Vous célébrez César très bon, très grand, très pur ;
Vous buvez, apostats à tout ce qu'on révère,
Le chypre à pleine coupe et la honte à plein verre...
       Mangez, moi je préfère,
       Vérité, ton pain dur.

Boursier qui tond le peuple, usurier qui le triche,
Gais soupeurs de Chevet, ventrus, coquins et riches,
Amis de Fould le juif et de Maupas le Grec,
Laissez le pauvre en pleurs sous la porte cochère ;
Engraissez-vous, vivez, et faites bonne chère...
       Mangez, moi je préfère,
       Probité, ton pain sec.

L'opprobre est une lèpre et le crime une dartre.
Soldats qui revenez du boulevard Montmartre,
Le vin, au sang mêlé, jaillit sur vos habits ;
Chantez ! la table emplit l'école militaire,
Le festin fume, on trinque, on boit, on roule à terre...
       Mangez, moi je préfère,
       Ô gloire, ton pain bis.

Ô peuple des faubourgs, je vous ai vu sublime,
Aujourd'hui vous avez, serf grisé par le crime,
Plus d'argent dans la poche, au cœur moins de fierté.
On va, chaîne au cou, rire et boire à la barrière,
Et vive l'empereur ! et vive le salaire ! ...
       Mangez, moi je préfère,
       Ton pain noir, liberté !



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Lundi 26 octobre 2009
Parée de ma robe d'écarlate
je me ris des menaces du temps
perle souveraine du lupanar
qui s'esclaffe bruyamment
mes boucles de braise
tressautant avec insouciance
à l'idée de la décrépitude



je rougeois impudiquement
sous les ors des derniers soleils
austère celui qui sera centenaire
me toise sous sa miséreuse guenille
jouant tour à tour les pères repentis
ou les sages moralisateurs


mille autres pupilles
de leurs jaunes tavelés
jalousent les aguicheuses ondulations
de ma valse diabolique
lisant dans les tentatrices postures
mon incestueuse pariade avec la vie


parée de ma robe de sang
je m'écroulerai comme eux tous
après cet incendiaire tour de piste
mais que m'importe cet éphémère
engourdissement de belle au bois dormant
puisque qu'il sera toujours prince
aux lèvres d'étincelle pour ranimer ma flamme


Fruits de ma beauté vénéneuse et
de sa candeur charmante
naîtront brandons à foison
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Vendredi 23 octobre 2009
Certains morceaux choisis de notre inséparable "Lagarde et Michard " de nos années de lycée gagnent parfois un tout autre sens lorsque transplantés dans les réalités d’aujourd’hui on leur donne un signification plus tangible que ne cherchaient à le faire de lénifiantes explications de texte.
Toute lecture n’est pas un écrit figé car par son expérience chaque lecteur lui donnera une vie en se servant de cet écrit pour apporter des réponses à ses interrogations.
Les livres ont cette qualité : ils ne coupent pas la parole et permettent donc d’aller jusqu’au bout de son questionnement et/ou raisonnement. C’est pourquoi  je crois que si l’on cessait de parler juste pour s’écouter parler dans l’optique de placer au moment opportun son argument  comme un poinçon vient certifier  l’or ou l’argent, on avancerait grandement au lieu de multiplier d’oiseux débats qui ne sont que juxtapositions d’opinions contraires venant  consolider le leurre d’une pseudo liberté d’expression.

Le Tricheur à l'As de Carreau
Georges de La Tour

De leurre il en est question justement dans cet  "Eloge de la sincérité" (1717)  que  fait Montesquieu:

"On croit, par la douceur de la flatterie, avoir trouvé le moyen de rendre la vie délicieuse. Un homme simple qui n'a que la vérité à dire est regardé comme le perturbateur du plaisir public. On le fuit, parce qu'il ne plaît point ; on fuit la vérité qu'il annonce, parce qu'elle est amère ; on fuit la sincérité dont il fait profession parce qu'elle ne porte que des fruits sauvages ; on la redoute, parce qu'elle humilie, parce qu'elle révolte l'orgueil, qui est la plus chère des passions, parce qu'elle est un peintre fidèle, qui nous fait voir aussi difformes que nous le sommes.
      Il ne faut donc pas s'étonner si elle est si rare : elle est chassée, elle est proscrite partout. Chose merveilleuse ! elle trouve à peine un asile dans le sein de l'amitié.
Toujours séduits par la même erreur, nous ne prenons des amis que pour avoir des gens particulièrement destinés à nous plaire : notre estime finit avec leur complaisance ; le terme de l'amitié est le terme des agréments. Et quels sont ces agréments ? qu'est-ce qui nous plaît davantage dans nos amis ? Ce sont les louanges continuelles, que nous levons sur eux comme des tributs. D'où vient qu'il n'y a plus de véritable amitié parmi les hommes ? que ce nom n'est plus qu'un piège, qu'ils emploient avec bassesse pour se séduire ?
      “ C'est, dit un poète, parce qu'il n'y a plus de sincérité. ” En effet, ôter la sincérité de l'amitié, c'est en faire une vertu de théâtre ; c'est défigurer cette reine des cœurs ; c'est rendre chimérique l'union des âmes ; c'est mettre l'artifice dans ce qu'il y a de plus saint et la gêne dans ce qu'il y a de plus libre. Une telle amitié, encore un coup, n'en a que le nom, et Diogène avait raison de la comparer à ces inscriptions que l'on met sur les tombeaux, qui ne sont que de vains signes de ce qui n'est point. »


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